30 juillet 2005
Délinquance et territoires
Ile-de-France, la délinquance progresse dans les territoires les plus défavorisés
LE MONDE | 28.07.05 | 12h36 • Mis à jour le 28.07.05 | 12h36 http://www.lemonde.fr/
uelle est l'évolution réelle de la délinquance ? En Ile-de-France, la situation se dégrade : le phénomène s'est développé sur les territoires les moins protégés et connaissant les difficultés sociales les plus grandes. La proportion de victimes dans la population a fait un bond en Seine-Saint-Denis. En outre, près d'un Francilien sur deux (soit 4,4 millions de personnes) a subi une agression au cours des trois ans écoulés. Tels sont les enseignements de la dernière enquête de victimation menée en janvier par l'Institut d'aménagement et d'urbanisme de la région Ile-de-France (Iaurif) et présentée mercredi 27 juillet.
Plus complète que les statistiques officielles de la délinquance qui mesurent l'activité policière, cette étude, unique en France, consiste à interroger 10 500 habitants de 15 ans et plus sur tous les faits dont ils ont pu être victimes, qu'ils aient ou non porté plainte. Deux enquêtes ont déjà été réalisées en 2001 et en 2003.
PEUR DANS LES TRANSPORTS
Elle mesure la proportion d'habitants victimes par type d'agressions. En hausse, les cambriolages ont concerné 440 000 ménages franciliens (près de 10 %) sur les trois dernières années. A l'inverse, les vols de voitures sont en baisse : ils ont visé 520 000 ménages (15 %), contre 670 000 en 2001. Les dégradations de véhicules sont beaucoup plus nombreuses, bien que stables : 820 000 ménages concernés (38,56 %), et 1,38 million de faits recensés. Les atteintes personnelles sont, elles aussi, stables.
En revanche, l'analyse par départements est inquiétante. En Seine-Saint-Denis, "la proportion de victimes d'atteintes personnelles" enregistre une "augmentation significative". "Cette population ressort comme étant surexposée aux vols sans violence, aux vols de deux-roues et aux vols à la roulotte", note l'Iaurif. Globalement, la proportion de victimes s'est accrue de 24 % dans ce département entre 2003 et 2005.
Deuxième élément mesuré par l'Iaurif : le sentiment d'insécurité. Il est appréhendé par la façon dont les personnes hiérarchisent une liste de problèmes auxquels le gouvernement doit, selon elles, répondre, et par les peurs qu'elles ressentent. En 2001, l'insécurité arrivait en tête des préoccupations, citée par 39,2 % des Franciliens. Depuis, elle a nettement reculé. En 2003, le chômage (37,5 %) avait déjà pris la première place des préoccupations, l'insécurité passant au deuxième rang (27,8 %). En 2005, elle recule encore, prenant désormais la troisième place dans la hiérarchie des problèmes (19,1 %), après la pauvreté (33 %) et le chômage (37,1 %). Bémol : la préoccupation sécuritaire des 15-25 ans, jusqu'alors moins forte, a rejoint celle des adultes.
Quant aux peurs, elles demeurent importantes, mais contenues : 26,4 % des habitants disent avoir peur dans leur quartier le soir (contre 29 % en 2001) et 37,2 % ont peur pour leurs enfants à l'école (46,5 % en 2001). Cependant, les habitants des quartiers les plus défavorisés expriment davantage de peurs que les autres (ils sont aussi plus agressés) : 58 % ont peur dans leur quartier le soir. En outre, la peur dans les transports en commun a augmenté. Le RER est un lieu où l'insécurité est particulièrement ressentie : 36 % des usagers, réguliers ou non, y ont peur.
Nathalie Guibert





