10 octobre 2007
Notre maison commune, avec ou sans papiers !
Infographie Le Monde : 150 ans d'immigration en France
http://www.lemonde.fr/web/infog/0,47-0@2-3224,54-964682@51-963901,0.html
La Cité nationale de l'Histoire de l'immigration ouvre en toute discrétion aujourd'hui, presqu'en catimini, alors que le débat fait rage autour du projet de loi de Brice Hortefeux sur l'immigration. Le projet de la Cité nationale de l'histoire de l'immigration (CNHI), est de "faire connaître et reconnaître l'apport de l'immigration en France".
Elle s'est installée Porte Dorée à Paris, en lieu et place du musée des Arts africains et océaniens, construit à l'occasion de l'exposition coloniale de 1931, tout un symbole. En l'absence d'inauguration officielle, la Ligue des Droits de l'Homme et d'autres associations appellent à une "inauguration citoyenne" de la Cité.
La cité accueille gratuitement le public du 10 au dimanche 14 octobre.
13 août 2007
L'histoire, une affaire de savoir, pas de morale.
A lire dans Libération http://www.liberation.fr/rebonds/271965.FR.php un article sur la vision historique élyséenne.
Si le sujet n'était très sérieux, j'ajouterai pour rire : "Vu de l'Elysée - Matignon"
[L'Elyseé - Matignon fut un club très prisé du showbiz dans les années 70-80]. On connait le goût immodéré du nouveau Président pour la starisation et les people. Il a compris mieux que quiconque le phénomène incontournable (?) de la "starisation" de la vie politique. Pour exister, il faut être une "Star" ! Il a su habilement mettre en scène son hagiographie, la "réussite décomplexée et argentée". Beaucoup de français élevés au biberon de TF1 en rêvent. On peut le regretter, mais c'est ainsi.
Iconographie Empruntée au Monde diplomatique
La mémoire partisane du Président
Par Catherine Coquery-Vidrovitch, Gilles Manceron et Benjamin Stora, historiens.
Extraits
On a vu apparaître, lors de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy, le thème du «refus de la repentance». Cette notion utilisée aussi sous la plume de quelques auteurs d’essais historiques polémiques, sans dire qui seraient précisément les «repentants» ni citer leurs écrits, renvoie principalement à la question de l’histoire coloniale, mais aussi à d’autres épisodes du passé, en particulier la période de Vichy et celle de l’Ancien Régime...
Etrange vision de ce passé que de penser qu’il n’y aurait que deux manières de le décrire : soit tout en noir, soit tout en blanc. Les historiens qui n’ont de cesse d’en analyser la complexité ne peuvent y souscrire, du moins ceux qui s’efforcent de se préserver des instrumentalisations politiques de l’histoire...
Un tel positionnement était d’évidence dicté par un objectif bien actuel, non-historien mais politique : celui de revenir sur la cassure profonde de la droite française entre pétainisme et gaullisme qui s’est produite alors et de chercher à dépasser les blessures qu’elle a laissées jusqu’à aujourd’hui...
Ainsi, dans le discours de Nicolas Sarkozy à Poitiers, le 26 janvier : la «gauche qui proclame que l’Ancien Régime ce n’est pas la France, que les croisades ce n’est pas la France, que la chrétienté ce n’est pas la France, que la droite ce n’est pas la France, cette gauche-là je l’ai accusée, je l’accuse de nouveau de communautarisme historique». Personne n’est cité, car on chercherait en vain un illuminé pour lequel la France n’aurait commencé à exister qu’en 1789, ou pour qui le Moyen Age ne ferait pas partie de notre histoire. Difficile, par exemple, d’attribuer une telle ineptie au brillant biographe de Saint Louis Jacques Le Goff, qui, en l’occurrence, a personnellement argumenté pour soutenir Ségolène Royal. Mais qu’importe, la référence aux croisades et à la chrétienté permet un discret rappel du discours clérical d’antan dénonçant les républicains athées et leur «école sans Dieu» et prônant l’alliance du trône et de l’autel. On invente un ennemi imaginaire pour faire passer un message politique utilitaire pour le présent.
Surtout, le thème vise à refuser un quelconque regard critique sur la colonisation. Pour rallier la fraction de l’électorat la plus nostalgique de l’Empire, souvent proche de l’extrême droite, le futur président de la République a laissé poindre une relance de l’éloge de la «colonisation positive» que voulait imposer, avec les résultats que l’on sait, l’article 4 de la loi du 23 février 2005. A la question du passé colonial sont ainsi sans cesse associées celles de l’immigration et de la «haine de soi». La nation devient un bloc insécable à défendre globalement au lieu d’être une nation dotée d’une histoire, où certains ont joué un rôle dont on peut être légitimement fier, et où, comme dans toute autre nation, d’autres ont pu apparaître plus discutables. Mais le seul fait d’évoquer cette réalité devient la volonté de dénigrer la France elle-même, posée comme un tout indivisible...
A l’opposé du travail historique, le discours de l’antirepentance entretient les guerres de mémoires. Il répond à des objectifs politiques, non seulement pour faire l’union des droites mais aussi pour gêner une gauche française qui, depuis sa coupure lors de la guerre d’Algérie, n’a jamais vraiment clarifié son discours sur la question coloniale. Exposé de manière beaucoup plus subtile, il s’apparente au discours contre «l’anti-France» ...
La seule demande réelle exprimée fortement dans notre société ces dernières années, en particulier depuis l’affaire Aussaresses et les réactions à l’article de la loi du 23 février 2005 n’est pas la repentance, mais bien la reconnaissance. C’est affaire non de morale, mais de savoir. Telle est la condition d’un véritable apaisement, aussi bien pour la société française, qui ne cesse de se diversifier, que, comme l’ont montré les réactions critiques de la presse africaine aux propos tenus le 26 juillet à Dakar par Nicolas Sarkozy, pour les relations futures entre la France et les pays qui ont été autrefois ses colonies.
23 novembre 2005
Fracture coloniale, fracture sociale
Un dossier France Culture à lire, à écouter et surtout à méditer, conçu et réalisé par Anne Brunel et Isabelle Lassalle, avec le concours documentaire de Marianne Joly.
Reproduction interdite sur tous éléments rédactionnels, sonores et iconographiques.
http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/dossiers/2005/colonisation/
Un site parmi beaucoup d'autres, dont vous retrouvez la liste sur France Culture
http://www.histoire-immigration.fr/
16 octobre 2005
le 17 octobre ...
Journée mondiale du refus de la misère
The World Day to Overcome Extreme Poverty
El Día Mundial de Rechazo a la Miseria
Welttag zur Überwindung der Armut
Giornata mondiale del rifiuto della miseria
Jornada Mundial da recusa da miséria
Werelddag van Verzet tegen extreme armoede
Światowy Dzień Sprzeciwu Wobec Nędzy
Le 17 octobre 1987, à l’appel du Père Joseph Wresinski, 100 000 défenseurs des Droits de l’Homme se sont rassemblés sur le Parvis du Trocadéro, à Paris, pour rendre honneur aux victimes de la faim, de la violence et de l’ignorance, pour dire leur refus de la misère et appeler l’humanité à s’unir pour faire respecter les Droits de l’Homme. Une Dalle, proclamant ce message, a été inaugurée à cette occasion sur le Parvis des Droits de l’Homme et des Libertés, là où fut signée, en 1948, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.
Les 100 000 personnes présentes étaient des citoyens de toutes origines, de tous milieux, et de toutes croyances. Certains représentaient de hautes autorités publiques, internationales, nationales ou locales. D’autres étaient des personnes et des familles vivant elles-mêmes dans la grande pauvreté et y résistant quotidiennement.
Depuis cette date, le 17 octobre de chaque année, les plus pauvres et tous ceux qui refusent la misère et l’exclusion se rassemblent dans le monde entier afin de témoigner de leur solidarité et de leur engagement pour que la dignité et la liberté de tous soient respectées : ainsi est née la Journée Mondiale du Refus de la Misère."
Voir le site dont est extraite cette présentation : http://www.oct17.org/site
Et demain peut être, on écrira...
Journée mondiale du refus de la misèreThe World Day to Overcome Extreme Poverty
El Día Mundial de Rechazo a la MiseriaWelttag zur Überwindung der Armut
Giornata mondiale del rifiuto della miseria
Jornada Mundial da recusa da miséria
Werelddag van Verzet tegen extreme armoedeŚwiatowy Dzień Sprzeciwu Wobec Nędzy
Lire les satistiques de l'INSEE sur la pauvreté en France :
http://www.insee.fr
Lire le rapport de Martin Hirsch - Emmaûs France :
Rapport Martin Hirsch sur la pauvreté 1.pdf
Le 17 octobre 1961,
C'est une date très sombre dans l'histoire récente de notre pays, histoire longtemps tabou, longtemps occultée derrière un insupportable mensonge d'Etat. Ce jour-là, les partisans du FLN (Front de libération nationale) algérien s'étaient rassemblés pour manifester contre le couvre-feu imposé par le préfet quelques jours auparavant. Sous les ordres du Préfet Maurice Papon, tristement célèbre, la police a réprimé cette manifestation pacifique avec une extrême sauvagerie. On estime à 200 au moins les Algériens assassinés ce soir là, dans les rues de Paris, torturés et éxecutés dans la cour de la Préfecture, jetés dans la seine et morts noyés...
Pour en savoir Plus
- Lire "La guerre d'Algérie" de Benjamin Stora : Editions Robert Laffont
Lire "La bataille de Paris : 17 octobre 1961" de Jean-Luc Einaudi : Editions du Seuil
Ecouter France Inter : "Là bas ci j'y suis" de Daniel Mermet
les 17 et 18 octobre : http://www.radiofrance.fr/chaines/france-inter01/emissions/labas/
Honneur à leur mémoire
21 septembre 2005
Simon WIESENTHAL : "Je ne vous ai pas oubliés"
Portrait publié dans le Monde daté du 22 septembre
Au revoir Monsieur, nous ne vous oublierons pas.
Cet homme exceptionnel est entré dans ma vie un jour d'enfance. Il a pris place dans ma conscience comme un témoin qui mena une vie "ordinaire", toute entière au service de ceux qui ne pouvaient plus rien dire.
Simon Wiesenthal, chasseur de nazis - Le Monde - le 21.09.05
Il était si fatigué. Il allait encore tous les jours, une petite heure, à son bureau dans le centre de Vienne, dans l'ancien quartier juif. Puis, il y a deux ans, Simon Wiesenthal a décidé de prendre sa retraite. "Mon travail est fait , avait expliqué le vieux monsieur le 18 avril 2003 au magazine autrichien Format. Les meurtriers de masse que j'ai cherchés, je les ai trouvés. Je leur ai tous survécu. S'il y en avait que je n'ai pas cherchés, ils sont aujourd'hui trop vieux pour être poursuivis." Cyla Müller, la femme qu'il avait connue au lycée et épousée en 1936, est morte en novembre 2003.
Lui s'est éteint paisiblement dans son sommeil, mardi 20 septembre, à Vienne. Il avait 96 ans.
Le vieux "chasseur de nazis", réputé avoir aidé à traduire en justice plus de 1 100 criminels de guerre, est désormais devenu une véritable "conscience mondiale" , selon Aver Shalev, le directeur de Yad Vashem, le Mémorial de la Shoah à Jérusalem, et sa mort a dissipé les quelques ombres qui obscurcissaient une vie si longue, et si lourde. Simon Wiesenthal, c'est l'homme qui a survécu. Aux pogroms, à douze camps de concentration, où 89 membres de sa famille ont perdu la vie, aux ricanements, aux attentats, et qui savait pour quoi il se battait. Un hommage devait lui être rendu mercredi au cimetière central de Vienne, ses obsèques devraient avoir lieu vendredi en Israël, il devrait être enterré face à la mer, près de l'endroit où vit sa fille, Paulinka.
Simon Wiesenthal est né le 31 décembre 1908, dans une famille de marchands juifs, à Buczacs, une petite ville de Galicie près de Lviv (jadis Lemberg, puis Lvov), aujourd'hui en Ukraine, à l'époque sous la coupe de l'empire austro-hongrois la région a changé six fois de maître en un siècle. Il a 9 ans quand un soldat ukrainien lui transperce la cuisse d'un coup de sabre, il gardera la cicatrice toute sa vie. Dix ans plus tard, il est envoyé à Prague faire des études, parce qu'il n'entre pas dans le quota des étudiants juifs de l'institut technologique de Lviv. Il obtient en 1932 un diplôme d'architecte, ingénieur en génie civil, puis retourne ouvrir un cabinet d'architecte à Lviv, désormais en Pologne. Pas pour longtemps.
La Pologne est dépecée en 1939, Lviv tombe aux mains des Soviétiques, qui ferment son cabinet. Simon Wiesenthal, fraîchement marié, se reconvertit dans les sommiers à ressorts et le rembourrage d'édredons, selon sa biographe, Hella Pick, auteur de "Simon Wiesenthal : a life in search of justice". Il échappe de peu en 1940 à la déportation en Sibérie en graissant la patte à un commissaire soviétique, mais, quand Hitler envahit l'Union soviétique, Simon est arrêté par les Allemands, le 6 juillet 1941.
Les nazis l'alignent avec trois douzaines d'autres juifs et les exécutent un par un, d'une balle dans la nuque. C'est son tour. Mais le soldat, a raconté Wiesenthal, fait une pause pour avaler une vodka. Puis les cloches d'une église voisine se mettent à sonner pour la messe du soir, et le soldat s'en va prier : Simon Wiesenthal échappe à la mort, une première fois.
Le jeune homme est interné, pendant presque quatre ans, en partie dans des camps de travail. On lui fait d'abord tailler des pierres et creuser des tombes, près de Janoswka, un camp de concentration du côté de Lviv. Si quelqu'un tente de s'échapper, 25 prisonniers sont tués. S'il y parvient, sa famille est passée par les armes. Simon et son épouse sont affectés dans un camp des chemins de fer, il peint des svastikas sur les locomotives russes, sa femme Cyla polit les cuivres. Son sort s'améliore un peu lorsqu'on découvre qu'il est architecte, et on lui fait dessiner des plans. Il voit en août 1942 partir sa mère, avec 300 autres femmes, pour le camp de Belzec, dont elle n'est pas revenue.
Simon veut sauver Cyla. Il obtient en 1943 de la résistance polonaise d'envoyer sa femme à Lublin, en échange de plans des liaisons ferrées. Elle est blonde, on lui fait des papiers au nom d'Irène Kowalska, elle peut passer pour une Polonaise. Les nazis l'envoient à Solingen, dans une usine de mitrailleuses, relativement à l'abri. Pas son mari : le 12 avril 1943, les SS ramènent Wiesenthal à Janoswka, avec 40 autres juifs. On les conduit près d'une fosse, on leur ordonne de se déshabiller. Cette fois, c'est la fin. Et à nouveau, le miracle : un sous-officier SS le sort de là, le renvoie au camp des chemins de fer : on le cherchait partout, c'était le 54e anniversaire de Hitler, et le commandant du camp avait besoin de lui pour dessiner une belle pancarte, "Wir danken unserem Führer" ("Nous remercions notre Führer"). Son patron nazi, qui l'a pris en affection, le prévient cinq mois plus tard que les juifs vont tous être envoyés vers les camps de la mort. Il parvient à s'enfuir le 6 octobre 1943, est rattrapé huit mois plus tard et amené à la mi-juin 1944 à la Gestapo de Lviv. Il essaie de se pendre avec son pantalon, est soigné cinq semaines, puis reconduit à Janowska. Mais les Alliés approchent. Et à nouveau, on aligne Simon Wiesenthal avec 33 déportés ils étaient à l'origine 100 000 dans le camp, les autres sont morts ou ont été transférés. Le commandant du camp se ravise : s'il a des prisonniers à garder, il évitera le front de l'Est. "Nous étions 34 juifs, a raconté Wiesenthal, devenus l'assurance-vie de 200 SS."
La petite troupe part vers l'ouest. Quelques déportés sont tués en cours de route. Un sous-officier lui demande un jour ce qu'il dirait des camps de concentration s'il arrivait jamais jusqu'à New York. Il répond qu'il raconterait sûrement la vérité. "On ne te croira pas, a rigolé l'Allemand. On dira que tu es fou." Simon Wiesenthal s'est bien juré ce jour-là qu'il survivrait, et qu'il témoignerait.
Les rescapés sont conduits au camp de Plaszow, en Pologne, puis envoyés à Gross Rosen, en Allemagne. Un SS lui jette un bloc de pierre à la tête, le rate, le touche au pied. Il faut l'amputer d'un orteil, sans anesthésie. Le lendemain, on évacue le quartier. Simon sort en clopinant. Il est envoyé à Buchenwald, puis finalement Mauthausen, en Autriche.
Six jours dans un wagon, sans eau ni nourriture. Ils étaient 2 000, 800 meurent en route, parfois debout tant ils sont serrés. 180 tombent encore lors de la petite marche jusqu'au camp. Dont Wiesenthal, qui est ramassé par un camion qui rapporte les cadavres. On découvre qu'il n'est pas mort, un garde lui donne un bol de soupe, et un Polonais compatissant lui apporte parfois un morceau de pain. Mais c'est l'enfer. "Le dernier jour à Mauthausen, a expliqué Wiesenthal au New York Times en juillet 2000, j'ai dit à mes amis que je voudrais vivre un quart d'heure de plus, pour voir la tête des nazis quand les Américains arriveront." Ils arrivent le 5 mai 1945.
Simon, qui a survécu à douze camps nazis, n'est plus qu'un petit paquet d'os. Il voit un char avec l'étoile blanche, rêve de la toucher "J'avais survécu pour voir ce jour" mais il est incapable de faire un pas. On le porte, il ne peut plus ouvrir la bouche, montre l'étoile du doigt. On l'amène jusqu'au char. Il touche l'étoile et s'évanouit.
Quelques jours plus tard, il pousse la porte d'un bureau sur lequel est inscrit "Crimes de guerre". Il pèse 50 kilos, on le trouve bien faible, il insiste, et commence son nouveau métier de chasseur de nazis. Il a déjà une liste, 91 noms de tortionnaires nazis qu'il s'est bien juré de ne pas oublier. Il participe à des arrestations mais cherche éperdument le corps de Cyla pour l'enterrer décemment. Nouveau miracle, elle est retrouvée à Lviv. Paulinka, leur fille, naît en septembre 1946. Elle a eu aujourd'hui à son tour des enfants et des petits-enfants.
La famille Wiesenthal s'est installée à Linz, à l'ouest de Vienne à quelques mètres, en fait, de la famille d'Adolf Eichmann, et Simon se met au travail.
Avec trente volontaires, il crée le centre d'information et de documentation sur les criminels nazis, prend contact avec 100 000 survivants de la Shoah en Allemagne, en Autriche, en Italie, cherche des photos, accumule les témoignages. "Il a juste pris le boulot, personne ne l'a nommé, personne d'autre ne voulait le faire", a raconté le rabbin Marvin Hier, le doyen du Centre Simon-Wiesenthal de Los Angeles.
Mais, dès 1948, Wiesenthal reste très seul. Il accumule 20 000 fiches sur les bourreaux SS, dans l'indifférence générale. Les Autrichiens le regardent de travers, et, avec la guerre froide, les Américains sont bien plus préoccupés par les Soviétiques que par la traque des anciens nazis.
"La justice internationale pas plus que la justice allemande ne faisaient leur devoir, explique Serge Klarsfeld, président de l'association des Fils et Filles des déportés juifs de France. Lui a continué la mission qu'il s'était assignée depuis sa libération des camps. Il a rassemblé des témoignages, des dossiers, harcelé la justice allemande pour qu'on n'oublie pas les crimes nazis. Pendant dix ans, il a été tout seul. A l'époque, on construisait en Israël, on reconstruisait en Europe. Il a mené une action persistante, tenace, irremplaçable, pendant plus de cinquante ans."
Simon Wiesenthal se voit contraint de fermer son bureau en 1954. Il en ouvre un autre à Vienne en 1962. Mais lui qui disait "vivre pour les morts" travaille aussi pour les vivants. Il fonde six écoles pour les réfugiés de l'Est, notamment les Hongrois après 1956. 8 000 personnes transitent par ses centres avant d'émigrer, surtout aux Etats-Unis. Dans Justice n'est pas vengeance, son autobiographie publiée en 1989 (Robert Laffont), il explique minutieusement comment il a traqué les criminels nazis sous leurs nouvelles identités. Une seule fois il a eu une sauvage envie de violence, en découvrant dans les papiers d'un nazi la photo d'un enfant juif torturé.
Son heure de gloire, c'est d'abord l'arrestation d'Adolf Eichmann, le planificateur de la solution finale, découvert en Argentine, enlevé par les Israéliens en 1960, jugé et pendu le 31 mai 1962. Il a aussi permis l'arrestation en 1963 de Karl Silberbauer, le policier autrichien qui avait arrêté aux Pays-Bas Anne Frank. La jeune fille avait été envoyée à Bergen-Belsen, dont elle n'est pas revenue. Wiesenthal avait décidé de retrouver le policier en 1958, lorsqu'un jeune homme lui avait dit qu'il croirait en l'existence d'Anne Frank que si l'on retrouvait l'homme qui l'avait arrêtée. En 1967, il débusque un bien plus lourd criminel, le commandant du camp de Treblinka, Franz Stangl.
La traque continue, parfois avec un peu d'amertume. Simon Wiesenthal racontait souvent l'histoire de Franz Novak, l'adjoint d'Eichmann, chargé de transporter les juifs à Auschwitz : 1 700 000 victimes. Le procureur autrichien avait décidé de ne l'accuser que de la mort de 400 000 juifs hongrois, il a été condamné à huit ans de prison. Le nazi a fait appel, et a été acquitté. Sur appel cette fois du procureur, Novak a finalement été condamné à neuf ans de prison, et en a purgé six – deux minutes de prison par assassinat, avait calculé Wiesenthal. Au procès de Franz Murer, ancien commissaire du ghetto de Vilna, les témoins juifs sont insultés par le public, et l'acquittement est applaudi.
L'étoile de Simon Wiesenthal s'est brusquement ternie en 1996, après la diffusion du magazine Panorama sur la première chaîne de télévision allemande, ARD. Isser Harel, un ancien chef du Mossad israélien, l'y accusait d'avoir finalement échoué dans la poursuite des criminels nazis, et d'avoir singulièrement gonflé son rôle dans l'arrestation d'Eichmann : "Nous n'avons rien obtenu de Wiesenthal qui fût d'une quelconque utilité pour cette opération." Le reportage reprenait aussi le témoignage d'un fonctionnaire au département américain de la justice, Elie Rosenbaum, qui soutenait que "Wiesenthal savait tout avant tout le monde sur le passé de Kurt Waldheim sous l'uniforme SS dans la guerre des Balkans, mais il l'a sciemment tu pour ne pas lui nuire."
"Il n'est pas dit que l'œuvre de ma vie sera anéantie par des journalistes en mal d'audience", avait répondu Simon Wiesenthal au Spiegel, "dans ce genre de métier, on ne peut pas faire mouche à tous les coups". Les déclarations de Kurt Waldheim, volant à son secours en dénonçant "la campagne de diffamation" menée contre "un homme absolument intègre", n'avaient pas arrangé les choses.
Il a reconnu un peu plus tard que l'arrestation d'Eichmann était "un travail d'équipe de beaucoup de gens qui ne savaient pas ce que les autres faisaient", et qu'il savait depuis 1954 qu'il se cachait en Argentine, mais ne savait pas "dans quelle mesure les rapports envoyés en Israël avaient servi". Serge Klarsfeld explique un peu cruellement que le mérite de Simon Wiesenthal est ailleurs. "Tous les juifs de Buenos Aires savaient qu'Eichmann y vivait, il ne se cachait pas, pas plus que Mengele, qui était dans l'annuaire. Les Etats n'avaient aucun intérêt à poursuivre les nazis. Il a fallu l'obstination de Simon Wiesenthal pour qu'Israël se décide à agir et à organiser ce procès, qui a ouvert une nouvelle ère dans la conscience."
L'avocat français n'a jamais été proche du "chasseur de nazi". Il l'a rencontré une première fois en 1968, quand Beate Klarsfeld avait en plein Bundestag traité de nazi le chancelier Kurt Georg Kiesinger, ancien directeur adjoint de la propagande radiophonique hitlérienne. "Ce n'était pas sa priorité , indique Serge Klarsfeld. Que le personnel politique allemand soit infesté d'anciens nazis ne lui semblait pas aussi important qu'à nous. Il n'a pas été tellement plus actif pour Kurt Waldheim, devenu secrétaire général de l'ONU alors que son dossier de criminel de guerre était dans les caves des Nations unies."
La polémique est loin, désormais. Reste l'image de ce petit monsieur têtu, qui s'est battu pendant un demi-siècle. Simon Wiesenthal se souvenait, selon le New York Times , d'un dîner de shabbat chez un autre survivant de Mauthausen, devenu un riche joaillier. L'homme lui disait qu'il serait devenu millionnaire s'il était revenu à l'architecture, au lieu de chasser les nazis. "Quand nous arriverons dans l'autre monde, lui avait répondu Wiesenthal, et que nous retrouverons les millions de juifs qui sont morts dans les camps, ils nous demanderont 'qu'avez-vous fait ?' 'Tu leur diras, 'je suis devenu joaillier'. Un autre dira, 'j'ai fait de la contrebande de café et de cigarettes américaines'. Moi je dirai, 'je ne vous ai pas oubliés'."
12 août 2005
AUSCHWITZ 60 ans après ...
" Quand on a arrêté les Juifs, je n’ai rien dit, je n’étais pas juif.
Quand on a arrêté les catholiques, je n’ai rien dit, je n’étais pas catholique
et quand j’ai été à mon tour arrêté et déporté il n’y avait plus personne pour élever la voix. "
Martin Niemeller, pasteur allemand survivant des camps nazis, écrit en 1945
Dossier, commentaires et images d'archives à retrouver dans :
09 août 2005
HIROSHIMA - NAGASAKI
L'horreur nucléaire ...
Le 6 août 1945, la première bombe A est larguée sur sur la ville d' Hiroshima au japon
Le 9 août 1945, une seconde bombe écrase Nagasaki.
Le 15 août, le japon capitule sans condition.
Le Mémorial de la Paix d'Hiroshima, ou Dôme de Genbaku fut le seul bâtiment à
rester debout près du lieu où explosa la première bombe atomique, le 6 août 1945
Les 2 explosions nucléaires et leurs conséquences auront fait 400 000 morts











