29 août 2005
Michel ROCARD poursuit son analyse
Dans le Figaro du 29 août, après l'université d'été du PS et son interview dans le Nouvel Observateur (reproduit dans ce blog), Michel Rocard revient sur son analyse.
Le Figaro : Propos recueillis par Alexis Lacroix et Marie-Laure Germon
LE FIGARO. – Au lendemain de l'université d'été de La Rochelle, la famille socialiste apparaît idéologiquement plus divisée que jamais. Est-ce un épisode conjoncturel ou le symptôme d'une régression systématique du socialisme français vers le mythe révolutionnaire ?
Michel ROCARD. – La famille socialiste française reste hélas divisée comme elle l'est depuis un siècle, mais pas plus qu'avant. Ne parlez pas de régression ! La gauche se trouve dans un relatif marasme idéologique – mais, à bien y regarder, elle y est, en fait, depuis toujours ! Ou, disons, depuis 1905, date de la fondation du Parti socialiste.
Mais encore ?
C'est Jules Guesde qui a gagné en 1905 contre Jean Jaurès – et on y est toujours ! Pour le dire autrement, la caractéristique du moment présent, c'est qu'on y observe une incompatibilité grandissante des enjeux stratégiques. Ou disons un éloignement, un divorce, entre, d'un côté, la vision social-démocrate d'une société solidaire, dans un marché globalisé et, de l'autre, une revendication plus intransigeante et radicale, qui s'exprime par la volonté de «rupture avec le capitalisme», que d'autres traduisent par le «grand soir» ; mais cette radicalité-là ne peut avoir de chances que pays par pays et avec l'appui décisif de gouvernements conquis par une gauche vigoureuse.
Et donc, elle a peu de chances d'aboutir ?
Je ne crois pas à l'éventualité de son succès, justement en raison de la forte unification mondiale du marché. A cet égard, discuter de l'éventualité d'une scission, comme on l'a fait depuis deux semaines, est un peu absurde. Je n'ai voulu évoquer par là qu'un danger, pas un souhait. Et je me suis borné à dire que la cohabitation entre ces deux tendances les paralyse chacune.
François Mitterrand, conscient du problème, semble s'être donné pour ligne de conduite l'axiome du cardinal de Retz selon lequel on ne sort de l'ambiguïté qu'à ses dépens...
Tout à fait vrai ! En tout cas, cette ambiguïté n'est pas seulement affaire des leaders – quels qu'ils soient. L'ambiguïté tient à ce que nous sommes dans le même parti et que nous n'arrivons pas, ce faisant, à décider d'une stratégie convaincante.
Vous dites que ce flottement doctrinal a un siècle. Pourquoi ?
Le référentiel de 1905 – à forte dominante marxiste – aboutit au large soutien de Jules Guesde par l'Internationale, au détriment, bien sûr, de la ligne prônée par Jean Jaurès, minoritaire et vaincue. Mais ce référentiel triomphant ne se contenta pas d'infliger une cuisante défaite à Jaurès, il imposa surtout, par-delà son ambition, de collectiviser les moyens de production et d'échange, son présupposé idéologique central : le primat de l'économie.
Ce socialisme-là était un économisme ?
Le socialisme à dominante marxiste a une vision du changement social centrée sur le système productif, et guère sur les processus politiques. Au sein de la famille socialiste, la contradiction idéologique entre réformistes et révolutionnaires est donc très ancienne, et elle s'est illustrée avec éloquence sous le Front populaire.
En 1936, lorsque Léon Blum est devenu président du Conseil – à l'époque, le titre du premier ministre –, il lui a fallu expliquer à ses camarades que la révolution n'était pas à l'ordre du jour, parce que le rapport de forces favorable n'existait pas. Autrement dit, d'après son analyse, il convenait, pour les socialistes, d'exercer le pouvoir sans avoir vraiment les moyens de le conquérir. Et si, par exemple, le gouvernement issu de la SFIO a nationalisé la SNCF, c'était uniquement parce qu'elle était en faillite et que c'était là, l'unique solution pour la sauver. Car cette nationalisation n'était pas inscrite au programme.
D'accord, mais Léon Blum ne se défaisait pas de toute ambition transformatrice...
Bien sûr, et les réformistes non plus, ni moi-même... Tout est dans le rythme et dans les moyens. Nous croyons, comme Blum, aux petits pas – et non au «grand soir». Disons que le corps de doctrine socialiste, à cette époque-là, prétendait associer l'idée de la «dictature du prolétariat» – un mot encore employé par Blum dans son discours de 1920, après la scission de Tours d'avec les «bolcheviks» – avec la préservation des libertés dites bourgeoises. D'où, quinze ans plus tard, l'étrange analyse idéologique de Blum. Une fois au gouvernement, il s'essaye, tout ensemble à améliorer la situation des moins bien lotis, à renforcer, par exemple, l'assurance-maladie, à mettre en place les premiers éléments d'un système de retraites et de sécurité sociale, à instaurer les congés payés et à réduire le temps de travail à quarante heures hebdomadaires. Mais ce faisant, il met soigneusement tout horizon révolutionnaire de côté. Les gouvernements de la Libération produiront ensuite des versions pâles de ce compromis blumiste. Et – paradoxe suprême – le gouvernement de Charles de Gaulle, s'il opte pour les nationalisations, le fait en fonction d'une recommandation du Conseil national de la Résistance, et contre l'avis des forces de gauches d'inspiration marxiste ! Il faut se souvenir qu'à ce moment, dans Fils du peuple, Maurice Thorez (qui, en 1945, va accepter un portefeuille et se résoudre tardivement aux nationalisations), avait instruit un procès véhément contre les nationalisations pour cause de collaboration de classes et de renforcement de la technocratie...
Sautons les décennies. En 1983, les socialistes renoncent définitivement aux nationalisations...
En 1981, le PS arrive aux affaires avec un programme marxo-guesdiste. Et se cogne vite, à la fois, sur la balance des paiements et au fait que la relance de la consommation n'a pu s'adresser qu'à l'importation et non à l'économie interne, parce que celle-ci venait d'être surchargée exagérément avec une prodigieuse augmentation des impôts, des cotisations sociales et un allongement des congés... Les trois dévaluations et le programme de rigueur et d'assainissement accompagnant la troisième, qui s'ensuivent alors (avec le blocage corrélatif des prix et des salaires pendant trois mois), auraient dû être une occasion de réfléchir. Et de tracer une voie de sortie doctrinale originale – comme les Suédois, un demi-siècle auparavant.
Et ce ne fut pas le cas, d'après vous, pour les socialistes français des années 80 ?
La rectification de 1983 n'était pas un drame. Ce qui le fut, en revanche, c'est de la baptiser «parenthèse». Car l'intention était de donner le sentiment que rien, des illusions post-révolutionnaires – c'est-à-dire de la transformation sociale massive et solidaire –, n'était au fond abandonné. A l'inverse, en 1932, les sociaux-démocrates suédois ont eu le courage insigne, cinq ou six mois après leur accession au pouvoir, d'expliquer à leur peuple que le programme marxiste sur lequel ils avaient été portés au pouvoir s'avérait impraticable. D'où, entre autres, leur décision précoce, prise à la lumière des ratés de l'URSS, de surseoir à la transformation du système économique, en mettant au contraire l'accent sur la démocratie politique et la démocratie sociale. François Mitterrand est resté, lui, tributaire de l'ambiguïté globale du discours socialiste français. Contrairement à nos amis suédois, il a essayé obstinément d'aménager les conditions d'une cohabitation équivoque du réformisme (incarné, par exemple, avant lui, par Jules Moch ou André Philip) et du mythe révolutionnaire (façon Marceau Pivert ou Paul Faure). Au 63e Congrès, celui de Valence, en 1981, les sociaux-démocrates ont tenu bon face au bavardage marxiste et fait adopter le terme – proposé par Jean Poperen – de «compromis social», en lieu en place de celui de «rupture», qui continuait à exprimer le rêve inconscient chez les socialistes dont, pourtant, la possibilité était à l'évidence condamnée par les faits. Ce choix fut la première affirmation claire d'un rejet de la perspective révolutionnaire. Mais il ne fut pas pour autant assez net.
Faut-il comprendre que, depuis, la naissance d'une authentique social-démocratie française a avorté ?
Il n'existait pas, hélas, dans le texte de Valence, de ralliement solennel à l'économie de marché pour la partie productive de nos sociétés. Or la social-démocratie suppose justement que la partie productive de notre société soit réorganisée sur la base de l'économie de marché et de la liberté d'entreprise, mais régulée et corrigée de ses inégalités outrancières. A côté de cela, la social-démocratie insiste sur l'existence de vastes secteurs non marchands, couvrant les services publics, l'éducation, la culture, la santé et la protection sociale, qui donnent un moyen d'échapper au marché et de créer une société réellement solidaire et indépendante des effets et soubresauts de celui-ci.
Que faire, aujourd'hui, face à l'héritage renaissant de Marceau Pivert et de Jules Guesde ? Face à ce socialisme antilibéral qui courtise l'ultragauche ?
Un chiffre éloquent, d'abord : on dénombre 850 000 socialistes allemands. Et, dans un pays – l'Autriche – de 14 millions d'habitants, pas moins de 600 000 socialistes ! La malédiction du socialisme français, c'est sa faiblesse numérique (100 000 adhérents au PS). Les idées émergent institutionnellement hors du parti. Mais, hélas, elles prennent corps au sein d'une société civile qui n'a pas reçu d'enseignement d'économie et d'histoire économique et qui, partant, confond le capitalisme (compris dans ses visées autoritaires et monopolistes) et le marché. L'altermondialisme naît précisément de cette ignorance de tout un pan de l'histoire récente : celle du compromis.
Bref, l'altermondialisme annule les acquis des histoiriens des Annales !
Si vous voulez... Avant tout, cette mouvance est née de notre impuissance à corriger l'absence, dans le système d'enseignement secondaire, de cours d'économie, d'histoire sociale, de droit social ou encore de sociologie, au bénéfice de l'abstraction conceptuelle. Le résultat, c'est que personne n'est éduqué au compromis en France. Et que cette malédiction du compromis – compromis qu'on tient, bien souvent, pour une «compromission» – se double, désormais, d'un retour en grâce du romantisme du fusil. Le «grand soir» fait à nouveau rêver et, avec lui, l'horizon trompeur des «ruptures radicales».
Pourquoi trompeur ?
Trompeur, d'abord parce qu'impossible. Mais aussi, parce que mensonger sur la liberté. L'actuel capitalisme fait d'énormes efforts pour nous vendre une escroquerie intellectuelle : sur le marché, selon les monétaristes, la liberté se définit par l'absence de règles. Injustices, fraudes, souffrance humaine – autant d'entraves à la liberté véritable – découlent de ce que le capitalisme actuel accepte de moins en moins de règles, s'il en a jamais accepté. Dès lors, comment une victoire contre ce «turbocapitalisme» pourrait-elle être remportée par les tenants d'une ligne néoguesdiste, sur une base purement nationale ? A contrario, il s'agit bien d'une bataille mondiale, longue mais gagnable.
Face à la dérégulation absolue, les vieilles recettes marxistes sont, d'après vous, impuissantes ?
Evidemment ! La vision folle de la dérégulation absolue est devenue non seulement l'obstacle principal à tout progrès social, mais même l'instrument majeur de la grande régression que nous vivons aujourd'hui, et notamment des vertigineux déséquilibres américains qui nous menacent gravement. Laisser supposer, à travers une alliance de mots douteuse, que le ralliement des socialistes, et notamment des socialistes français, à l'économie de marché impliquerait de leur part l'acceptation de l'absence ou de l'insuffisance de règles qui caractérise le capitalisme actuel est un assez ignoble procès d'intention, vain de surcroît sur le plan de ses retombées politiques effectives, qui traduit en fait le désir de dévier ou d'éviter le débat de fond. Qu'on en finisse, au moins entre nous, avec ces procédés !
22 août 2005
Ne pas céder à la tentation de la parole qui tue ...
La tentation de la parole qui tue nourrira t-elle l'université du PS jusqu'à notre congrès ?
Avons nous perdu de vue, fusse un instant, nos véritables adversaires ?
Allons nous déborder d'ingéniosité pour "dégommer" nos propres camarades ?
Oserons nous donner aux Français qui rentrent de vacances, comme à ceux qui sont restés faute de pouvoir en prendre, le spectacle largement retransmis par la TV de politiques luttant pour le contrôle du parti ?
Confronter les idées OUI, débattre au fond puis trancher OUI, partir à la chasse aux camarades "mal pensants" ou "mal votants", JAMAIS ! Cela n'est pas dans notre culture, et si nous nous laissons embarquer sur ce terrain pour nourrir les ambitions personnelles des uns ou des autres, nous ne nous en remettrons pas.
Le clivage du PS n'est pas celui du OUI ou du NON au référendum constitutionnel. Tous les militants socialistes le savent ! Vouloir fabriquer une majorité de circonstance sur cette base, c'est se tirer définitivement une balle dans le pied et renoncer au seul combat qui vaille, le combat contre la droite et ses idées qui font tant de mal à notre pays.
Des débats OUI, des alliances OUI, sur des bases claires et surtout le rassemblement d'abord du PS puis de la Gauche pour ne pas risquer 10 ans de Sarkozy et consorts.
Je n'oublie pas qu'il faudra des hommes pour porter nos idées.
Patience ! Car de talents, nous ne sommes pas dépourvus !
18 août 2005
Michel ROCARD ouvre le débat de fond, enfin...
Mon commentaire : N'ayant pour seule ambition que de dire ses convictions sur la ligne politique que doit suivre le parti Socialiste, sa parole est d'or. Je vote Rocard sans état d'âme, avec celles et ceux qui se reconnaissent dans une véritable social-démocratie.
Militant déçu par le consensus mou et l'attelage bancal sorti de notre dernier congrès, j'avais choisi en 2003 de ne pas voter la motion majoritaire. Séduit un temps par l'enthousiasme de NPS à sa naissance, j'ai vite reculé devant une position européenne pour le moins ambigüe. J'ai défendu la motion très minoritaire de Marc Dolez qui avait le mérite de parler des militants pour m'en écarter aussi vite ne partageant aucune de ses positions depuis. J'ai soutenu la direction dans son Oui au traité constitutionnel et j'ai déploré les affrontements entre camarades qui ont totalement brouillé l'image du Parti dans l'opinion. Les Français ont choisi de dire Non pour des raisons totalement étrangères à l'Europe, mais qu'ils nous faut entendre, celles et ceux qui ont fait campagne peuvent en témoigner.
Je ne suis certainement pas le seul à avoir douté de la ligne du parti, pas le seul à avoir relativisé nos victoires éclatantes de 2004, acquises autant par rejet de la droite que par adhésion à nos idées. Elu à cette occasion, et très heureux de l'être, dans un canton réputé difficile, je me réjouis de la clarification qui se fait jour.
Je suis convaincu que les militants sauront s'écarter d'une ligne vélléhitaire et populiste qui nous éloignerait pour longtemps des responsabilités. En succombant aux sirènes des bateleurs, laissant ainsi le champ libre à la droite, nous trahirions définitivement ceux que nous prétendons défendre. Comme le dit Michel Rocard, le danger est bien réel. Chacun devra assumer ses responsabilités lors de notre congrès. La Gauche mérite mieux ...Courage !
L'article du Nouvel Observateur du 18 août 2005 / Claude Askolovitch :
Le Nouvel Observateur. – Dans votre contribution au prochain congrès socialiste du Mans, vous réclamez une clarification. Un autre mot pour souhaiter la rupture entre socialistes? |
17 août 2005
"Le sismographe socialiste" par Alexandre Adler
Le Figaro - 17 août 2005
"Étonnamment, le Parti socialiste a, depuis un bon siècle, toujours manifesté une capacité d'enregistrement sismographique des grandes secousses qui, un peu plus tard, devaient traverser de part en part le corps social de la France. Un peu comme le «prologue au ciel» des opéras classiques, le Parti socialiste semble voué à interpréter la partie orchestrale des grands débats français avant que le choeur n'intervienne sur la scène. On pense bien sûr au débat sur la colonisation, ou plutôt sur la liquidation de l'empire colonial. Mais on peut aussi songer au débat déjà bien oublié qui opposa Léon Blum aux prétendus «néosocialistes» en 1931, lequel préfigurait l'affrontement du pétainisme et des républicains traditionalistes. Et même, plus loin encore, le débat entre démocratie et autoritarisme divisa profondément les groupes socialistes, ni unanimes à combattre le boulangisme, ni dénués de toute ambiguïté – y compris Jaurès –, dans le soutien qu'ils apportèrent à la réhabilitation du capitaine Dreyfus.
Deux remarques, ici, s'imposent : la première, à l'évidence, révèle la profonde ambiguïté de cette formation politique. On pourra raconter une histoire sainte qui commence avec le docteur Brousse, Jules Joffrin et les possibilités, se poursuit avec le combat de Jaurès, du jeune Léon Blum et du grand Francis de Pressensé aux avant-postes de la lutte dreyfusiste, et s'épanouit enfin sous le Front populaire avec la constitution du centre blumiste.
Avec des hommes comme Georges Boris, le compagnon fidèle de Pierre Mendès France, Pierre Brossolette, l'archange de la France libre ou encore André Philippe, Pierre Viénot et même Louis Vallon, ce dernier issu du pivertisme, à l'extrême gauche de la SFIO, ce sont les bases intellectuelles de la Libération et de la reconstruction qui sont jetées dès 1943, à Alger. Enfin, on ne doit pas oublier le rôle assumé par la plupart des intellectuels socialistes de la IVe République dans la prise de conscience de l'impérieuse nécessité de la décolonisation. On citera ici rapidement le grand historien de l'Afrique du Nord, Charles-André Julien, le gouverneur des colonies Robert Delavignette ainsi qu'une pléiade de militants, dont le jeune leader étudiant Michel Rocard, soutenus par l'héritier légitime de Léon Blum, Daniel Mayer, et le plus glorieux des compagnons de la libération socialiste, Alain Savary. Malheureusement, cette énumération parfaitement exacte laisse dans l'ombre les néoblanquistes, les anti-dreyfusards inflexibles et parfaitement antisémites qu'étaient Jules Guesde à la gauche du parti et Alexandre Millerand à sa droite, puis, dans les années 30, les théoriciens du rapprochement avec l'Allemagne nazie et du nationalisme autoritaire.
Cela nous conduit directement à la seconde observation : le Parti socialiste fait parfaitement écho et, le plus souvent, précède intellectuellement le reste de l'opinion parce que, coeur intellectuel du parti républicain depuis le XXe siècle et l'affadissement du vieux parti radical, il occupe le point névralgique de toute la politique française.
Bref, les drames du Parti socialiste sont ceux de la France. Et, dans la conduite de ces drames, on est sûr de trouver pêle-mêle ensemble les opinions apparemment les plus opposées. Léon Blum s'écrira à la face de Déat et de son futur geôlier, le Bordelais Adrien Marquet, «Je suis épouvanté» ; il n'empêche que le véritable débat de Vichy aura tout d'abord commencé à la SFIO.
Et aujourd'hui ? C'est un préjugé très ancré que de croire que les luttes politiques au sein des partis sont créées avant tout par les dissensions qui opposent les personnes. Il faudrait ici, une bonne fois pour toutes, en revenir de Marx à Hegel, et même de Tallemant des Réaux à Michelet, des historiettes à l'histoire de l'Esprit objectif. Car ce sont les idées qui précèdent les hommes, s'emparent d'eux et parfois même les broient dans les grandes secousses de l'histoire.
La mondialisation que nous vivons est précisément l'une de ces grandes secousses. Elle n'a pas manqué de diviser de plus en plus gravement le Parti socialiste, qui conduit enfin le débat fondamental qui couve dans la société française depuis le début des années 90. On peut le résumer ainsi : faut-il, avec toutes les précautions et les garde-fous que l'on voudra, accepter la mondialisation, la multiplication des échanges et les déplacements de la production à l'échelle de la planète, en faisant franchir au pays un véritable bon qualitatif dans les trois grandes directions de l'Europe, de l'Éducation et de la démocratie ? Ou, au contraire, faut-il s'arc-bouter sur ce qui existe, et tenter de rejoindre, avec d'autres, un vaste front antimondialiste où se retrouvent les tiers-mondistes de naguère, les nostalgiques de Peron ici, de Nasser là, de Mao ou même de Brejnev, sans compter les islamistes de toutes tendances, les syndicalistes protectionnistes aux États-Unis et les divers corporatismes européens ? Un autre monde est en effet possible, c'est celui que nous avons bien connu encore dans les années 70. Pourquoi ne pas y revenir, demandent avec intensité les Mélenchon, les Emmanuelli et les Montebourg ? Quant aux autres, avec les mêmes réticences et les mêmes prudences que les blumistes acceptant la guerre avec les fascismes contre le pacifisme en 1935, ils sont en train de forger dans la bataille et l'angoisse les armes conceptuelles d'un débat qui divisera non pas seulement le parti socialiste, ni non plus la gauche, mais, en réalité, la France tout entière. En 1936, les antimunichois se trouvaient autour de Léon Blum, mais aussi à droite chez Paul Raynaud et leur leader mondial était déjà Winston Churchill. En 1958, les partisans de l'Algérie indépendante se trouvaient dans la minorité socialiste, mais déjà plusieurs gaullistes particulièrement lucides – tels André Malraux, Louis Joxe, Pierre Messmer et Georges Pompidou – s'apprêtaient à manier le scalpel à droite, et eux allaient réussir là où leurs prédécesseurs socialistes avaient échoué devant l'obstination de Guy Mollet.
A ces deux reprises, on aura vu se profiler quelque part à l'horizon la grande ombre du général de Gaulle. Exercice de vacances : à partir de cet article, essayez de repasser en caractères gras les pointillés qui demeurent et identifiez si possible qui, aujourd'hui, pourrait incarner le legs des positions modérément républicaines de Rochefort, Déat, Belin et Robert Lacoste."
02 août 2005
Billet d'humeur avant congrès
J'invite les militants, les sympathisants ou les simple citoyens intéressés par toutes les questions qui traversent notre société, à participer au débat d'idées qui anime le PS à la veille de son congrès de novembre, dans le cadre de notre projet pour réussir l'alternance en 2007.
http://www.parti-socialiste.fr
http://www.projetsocialiste.fr
Un Projet - Un programme - Un candidat pour 2007
Voilà la trilogie qui doit être respectée par tous car dans la maison commune, ce sont les militants qui choisissent.
Après avoir écouté les Français, entendu leurs protestations répétitives dans les urnes, appréhendé le malaise profond de notre société, nous ne pourrons pas répondre par des incantations ou une série de mesures catégorielles.
Il faudra avoir le courage de dire des vérités qui fachent durablement les uns ou les autres, des vérités qui peuvent aller à l'encontre du discours convenu de la Gauche, quitte à se faire traiter de "libéraux" sur certains sujets et sur d'autres de "dangereux gauchistes" !
Par exemple :
Rétablir une fiscalité directe dépoussiérée et réellement progressive, le dire, l'écrire et l'appliquer !
Faire le constat qu'à terme la médecine "A la française", la médecine libérale est morte !
Redéfinir ce que doit être demain la sécurité sociale et comment on la finance ?
Redéfinir la mission et le périmètre des services publics, sans se laisser enfermer par la droite sur le créneau du service minimum ...ou par d'autres sur le statut "immuable" des personnels
Parler Justice, Police, Droits de l'homme, Immigration et régularisation etc.
Quand j'entends les discours de nos camarades du PC ou de l'Extrême gauche aujourd'hui, j'ai le sentiment que nous pouvons partageons certains constats d'évidence et certains combats, mais que "leurs solutions" sentent la naphtaline et ne sont en aucun cas porteuses d'avenir.
Il ne faudra pas tenter de duper les Français ni avec de vieilles lunes, encore moins avec des discours populistes .
Notre parti peut s'honorer de ses débats internes si souvent caricaturés. La démocratie est à prix, même si d'aucuns, singeant en cela la droite, voudraient les réduire à un simple combat des chefs.
Que nos grands leaders nationaux, François Hollande, Dominique Strauss Kahn, Laurent Fabius, Jack Lang ou d'autres aspirent éventuellement à porter les couleurs du PS et de la Gauche et le disent, quoi de plus naturel.
Il faut sortir du discours martelé à longueur d'antenne, que la Gauche peinerait à proposer un candidat crédible.
Le temps de la confrontation des idées et des programmes va venir, et je suis convaincu que le candidat de la gauche n'aura rien à craindre, à la seule condition de ne pas s'aventurer en terrain miné, celui du Populisme largement labouré par notre adversaire auto désigné et plébiscité par la Droite française, Nicolas Sarkozy.
Celui qui, à Gauche, l'y suivrait par opportunisme porterait une écrasante responsabilité politique et historique.
Une telle attitude serait indigne d'un homme d'Etat et déshonorerait l'impétrant !







